Jaafari Ahmed (Prof)
Introduction
Amener le sujet :
La tradition est un héritage culturel que l’on se doit de transmettre de
génération en génération .Elle représente la composante essentielle de
l’identité d’une communauté. C’est en quelque sorte la mémoire des faits, des
habitudes, de l’art de vivre, des acquis de l’homme dans sa lutte face aux
éléments de la nature, dans son projet immémorial de se faire une place dans
l’univers et de la garder. Cette tradition est évolutive et s’enrichit de
nouveaux acquis, de nouvelles visions, au rythme du progrès du groupe qui se
charge, consciemment ou inconsciemment de la maintenir. C’est dans cette
évolutivité de la tradition que prend racine la modernité.
Poser la problématique :
Mais, la modernité en tant que phénomène relativement récent, est perçue comme
le contre-pied de la tradition. C’est en effet une prise de conscience et un
choix délibéré de se défaire de la tradition pour s’engager sans retour sur la
voie du progrès. Il va sans dire que comme pour toute nouvelle tendance, les
opposants s’érigeront en défenseurs de la tradition face à ceux qui prônent le
renouveau et l’affranchissement du joug de la tradition jugée réductrice des
potentialités de l’individu.
Annoncer le plan
La question mérite qu’on s’y intéresse, et c’est ce que nous allons tenter de
faire, en opposant les avis des uns à ceux des autres. Et s’il est vrai que
l’on ne peut parler de modernité sans l’opposer à la tradition, nous allons
choisir de mettre à l’épreuve la modernité. Aussi, vu la nature du sujet, il
nous paraît plus judicieux d’opter pour un plan dialectique .Notre thèse mettra
à jour quelques-uns de ses avantages, puis dans l’antithèse nous leur
opposerons en contrepoids les inconvénients que nous jugerons adéquats à cet
effet. Et enfin, nous terminerons par une synthèse où il sera opportun de
prendre position pour ou contre cette modernité.
Développement
Historique
La modernité, comme on a souvent tendance à le croire, n’est pas un phénomène
nouveau. Elle a toujours accompagné les grands changements dans la
vie des hommes. Depuis l’antiquité, étape qui marque la fin de la préhistoire,
l’homme s’est vu confronté à cette dynamique des choses qui impose toujours une
remise en question des fondements que représente la tradition, , pour d’une
part les assimiler, mais surtout de l'autre, les transmettre, et c’est
dans cette appropriation-transmission qu’opère la modernité. On peut se référer
parmi les grands mouvements qui ont jalonné l’immuabilité apparente de
l’humanité, au débat opposant Aristote à Platon au sommet de la civilisation grecque,
ou plus tard à Al-Mou’tazila face à Al –Acha’irites à l’époque de la gloire de
l’Islam, ou encore plus proche de nous, le fameuse querelle des Anciens et des
Modernes.
Mais il faut attendre le Siècle des Lumières pour que la modernité, en tant que
courant de pensée, ou doctrine philosophique, acquière ses lettres de noblesse.
En effet, l’humanisme prône la souveraineté de l’Homme. Ce dernier est
désormais perçu comme étant à la mesure de toute chose. La raison et la science
prennent la relève de la religion et de la tradition. L’homme moderne s’appuie
sur sa raison pour accéder à la connaissance objective, et donc au progrès. On
parlera alors, de citoyen du monde, de citoyen universel. Les frontières des
traditions et des coutumes entre les sociétés, doivent tomber, et la libre
circulation des valeurs nouvelles sera comme le garant de la raison humaine
dans son acception moderne.
Deux siècles plus tard, et à l’ère de la Toile, le monde n’a plus que des
frontières géopolitiques et on parlera de plus en plus de mondialisation,
d’internationalisation ou de globalisation. Certes, ces notions relèvent du
domaine de l’économie du marché, mais il n’en demeure pas moins, qu’ils sont
éloquentes quant à l’idée d’abolition des frontières et à la notion du citoyen universel
prédéfinie dans le Siècle éclairé.
La modernité est à la fois tributaire et moteur du progrès. Et c’est donc dans
la vie de la cité que la modernité évolue. La cité étant elle-même le pur
produit de cette évolution de l’homme. Ibn Kkaldoun explique dans sa fameuse
Muqaddima, que partout où il y a groupement d’hommes, ceux-ci s’activent pour
améliorer leur vie, et le phénomène grandissant, ils finissent par bâtir des
villes prospères, qui attirent de plus en plus de gens croyant y trouver de la richesse,
mais c’est en fait le travail qui y prospère, et la qualité de vie devient
meilleure. C’est ce qu’on peut appeler aujourd’hui la société de consommation.
I- La thèse
La modernité s’inscrit donc dans le processus du progrès d’une société et ne
peut par conséquent être que bénéfique.
Quelles sont alors les différentes manifestations positives de cette facette du
progrès ?
a- Au niveau de l’humanité :
Au niveau de l’humanité, la modernité a favorisé l’échange entre les nations,
et ce à tous les niveaux. En effet, le développement des moyens de transports
et le perfectionnement de la technologie des télécommunications ont facilité et
enrichi les relations internationales. Désormais, les citoyens du monde se
partagent les expériences, échangent les découvertes et s’acceptent dans leurs
différences.
L’interculturel devient une notion clé des rapports entre les nations. À tous
les niveaux, l’élément humain occupe la place centrale. Qu’il soit du Japon, de
Haïti, du Sénégal ou du Groenland, l’humain trouvera toujours preneur à sa
marchandise ou réponse à sa requête.
Le brassage culturel est arrivé à un tel point que, souvent, il est difficile
pour un touriste de distinguer entre les états d’un continent. Partout la foule
se ressemble, et adopte les mêmes comportements et a les mêmes centres
d’intérêts. Ce phénomène constitue en quelque sorte une solidarité universelle
qui sécurise le citoyen parce qu’elle lui offre plus de chances de s’intégrer
là où il sent qu’il peut s’épanouir.
Les échanges entre les nations touchent tous les domaines. Au-delà de
l’économique, le social, le politique, et le culturel sont désormais des
vecteurs qui assurent la réussite des relations internationales. Le
développement d’un pays est de plus en plus tributaire du développement de ceux
qui l’entourent. Et la réussite d’un modèle économique ou politique ressurgit
sur les autres et appelle à expérimentation.
La démocratie traverse les frontières et peu à peu les dictatures, héritage de
l’obscurantisme, commencent à tomber une à une, devant l’ampleur du changement
universel. Les relations internationales, les nouveaux moyens d’informations
aidant, empêchent l’hégémonie d’une classe dominante dans telle ou telle
nation. Par conséquent, l’état de droit qui abrite le citoyen de droit trouve
le terrain favorable pour prendre racine et germer. D’où la réussite des
groupements des nations qui projettent de réunir leurs atouts, et d’unifier
leurs stratégies afin de mieux prospérer. Le CEE devenu l’UE, Le G20, le G8,
l’UMA, l’UA…sont autant d’exemples, de réussites pour les uns ou de tentatives
pour les autres, de solidarité entre les nations.
b- Au niveau du pays
Tout progrès passe par la modernité. Quand un état s’engage dans la voix des
réformes, il modernise ses institutions.
La modernité dans un pays se lit dans la taille que prennent ses villes. En
effet, la vie à la campagne ne répond plus aux aspirations de ses enfants. Leur
droit à la scolarité les éveille à un mode de vie qui va dans le sens des
changements de leurs mentalités. De nouveaux besoins voient le jour, et leurs
réponses se trouvent dans la cité. Celle-ci s’étend et s’enrichit de l’apport
des citoyens qui viennent y chercher un avenir meilleur. Le progrès
technologique, les moyens de transports, les nouvelles technologies, entre
autres, facilitent la vie et offrent aux gens les opportunités de s’améliorer
davantage, d’avoir d’autres centres d’intérêts, de s’occuper désormais des
moyens de confort.
Le niveau des études s’élève, la formation devient meilleure, les qualifications
de bonne qualité, la diversité des spécialités donnent lieu à plus d’offres
d’emplois, de compétitivité, de concurrence et par conséquent d’excellents
résultats.
Les moyens d’informations et de communication éclairent la conscience
collective, et dotent les citoyens d’une vision plus réaliste des événements.
Ainsi l’opinion publique devient-elle la force médiatrice des valeurs nouvelles
qui accompagnent le progrès. La rumeur cède le pas à l’information, et l’esprit
critique remplace la superstition.
La sécurité est réalisée à travers les différentes autorités qui y veillent. La
nouvelle technologie, joue là aussi un rôle important dans la couverture du
territoire. L’armée, la douane, la gendarmerie et la police bénéficient des
formations et des moyens qui leur permettent de mener à bien leurs tâches.
La santé des citoyens devient meilleure, du fait de la consommation variée de
tous les produits alimentaires, et selon les différents modes de leur
préparation et leur accommodation, la cuisine étant devenue internationale.
D’un autre côté l’accès aux soins dans les hôpitaux qui bénéficient des
technologies de pointe, et de l’expertise d’un personnel mieux formé, combat la
mortalité infantile et augmente l’espérance de vie.
Les besoins vitaux étant satisfaits, Les préoccupations des gens s’invertissent
alors, dans le bien-être, l’art, la culture en général.
Le PIB et le RNB (le produit intérieur brut et le revenu national brut) étant
revus à la hausse, le pays peut alors entrer dans une relation internationale
équilibrée, qui ne peut que rendre encore meilleure la vie de ses citoyens.
c- Au niveau de l’individu
Le citoyen est désormais engagé dans un processus de recherche d’une vie
meilleure. L’homme croit en ses propres potentialités, et cherche à le prouver.
Le travail est la valeur première. La diversité des activités de la ville
impose à l’homme d’être prêt à s’intégrer partout. Et s’il est vrai que la
spécialisation des formations a pris la relève des formations générales, le
recours à différentes petites formations et petites spécialisations offre à
l’individu plus de chance de trouver le travail qu’il préfère exercer et d’en
changer quand il le faut.
L’individu s’épanouit et trouve de plus en plus de distractions. L’espace
moderne lui offre aussi la possibilité de l’anonymat. Il peut refaire sa vie se
débarrasser d’une réputation, en acquérir une autre. Les relations entre les
individus deviennent souples et empreintes d’une sorte de spontanéité. Les
frontières entre les deux sexes tendent à s’estomper. Partout la fille côtoie
le garçon et la femme l’homme. Le mariage devient facile et ne demande plus une
longue période d’approche, de connaissance et de mise au point entre les futurs
conjoints. Les frais que demande un mariage, baissent aussi. La fille qui
travaille s’engage à supporter elle-aussi les dépenses de cette relation
et par conséquent, les mariages aboutissent plus facilement. Le brassage des
cultures change aussi la vision de gens qui ne prêtent plus attention à ce
qu’on appelait le mariage mixte. En effet, autrefois, par exemple au
Maroc, il était inconcevable qu’un berbère épouse une fassi, mais depuis de
décennies les mariages se font dans tous les sens et cela sans poser le moindre
problème. Au contraire, cela ne fait qu’enrichir les différentes cultures.
La sécurité désormais présente encourage l’individu à s’établir, à prospecter,
à s’investir, à investir et à établir des relations d’affaires, sans craindre
les aléas du marché, car tout se vend, tout s’achète, tout se rachète, tout se
recycle, tout se transforme comme pour faire échos aux prédictions de
Lavoisier.
La modernité est accompagnée aussi du sens du civisme qui impose à l’individu
le respect des espaces publics, des libertés individuelles, de s’engager dans
le groupe et de penser à l’intérêt général. Le respect de lois et des codes de
conduite est perçu comme une composante essentielle du libre choix de
l’individu, par un accord tacite et dans une ouverture d’esprit propre à
l’homme conscient et consciencieux que doit représenter l’individu moderne.
II- L’antithèse
À Présent, quand on se penche du côté des inconvénients de la modernité, le
tableau est assez sombre et risque de ternir son éclat.
a- Au niveau de l’humanité :
S’il est vrai que les relations internationales se sont tissées d’une façon
rapide et aisée, les conflits entre les peuples sont devenus plus meurtriers à
cause de la modernité. En effet, le progrès technologique qui s’est emparé de
tous les domaines, a trouvé son plein essor dans l’industrie de la guerre. Les
armes, conventionnelles ou non, sont devenues plus perfectionnées, et donc plus
meurtrières. Rappelons ici que, aussi contradictoire que cela puisse paraître,
la quête de la démocratie, de la paix et de la prospérité, s’est érigée sur les
multitudes des corps sans distinction aucune, entre coupables et
victimes, et ce dès la fameuse Révolution Française. Ensuite, lui ont succédé
les pires épisodes de l’histoire de l’humanité lors des deux guerres
mondiales.
Autre part, l’euphorie économique liée aux échanges internationaux, devient de
ce fait fragile et par conséquent, quand un pays est menacé par la crise, les
retombées se font sentir un peu partout sur le globe. Ainsi, depuis la Grande
Crise de 1929, l’économie mondiale tributaire des enjeux de la devise et des spéculations
de la bourse ne cesse de connaître des moments difficiles. Les fameux plans de
redressement entrepris, à chaque fois, ne profitent qu’aux pays riches, d’où
les différentes fractures qui ne cessent de s’agrandir, entre pays pauvres et
pays riches. La mondialisation dans ce sens, c’est-à-dire dans un rapport
déséquilibré entre le nord et le sud, l’occident et l’orient, est perçue comme
une sorte de nouvelle forme d’impérialisme dont la visée colonialiste se
dissimule sous l’aspect d’échanges sans frontières.
Citons enfin, que la modernité, par le biais de l’utilisation excessive de la
technologie, des ressources naturelles, a causé des dégâts irréparables au
niveau de la planète. D’un côté, il y a épuisement des richesses de la terre,
et de l’autre, la pollution a conduit au réchauffement climatique qui perturbe
les cycles naturels de la terre, et entraîne les sécheresses qui causent les
désertifications, la fonte des glaces des pôles, à la fois climatiseur de la
terre et grand réservoir d’eau douce. Nous assistons en conséquence, à
l’augmentation des catastrophes naturelles qui menacent de plus en plus la
survie la faune et de la flore. La famine, les épidémies et les fléaux qui
sévissent un peu partout témoignent de la gravité de la situation.
b- Au niveau du pays
La vie à la campagne devient difficile à cause des aléas que connaît le climat.
De plus, les enfants scolarisés cherchent à poursuivre leurs études et à
travailler. Il semble que la ville les accueille à bras ouverts. L’exode rural
vient alors alourdir la population citadine. Seulement, l’état ne peut faire
face à ce flux de bouches à nourrir et de personnes à loger. Les bidonvilles
voient le jour un peu partout, et le chômage bat son plein. La délinquance
trouve le terrain propice pour germer, s’enraciner et proliférer. Les fruits de
cette semence ne peuvent être que le vol, la drogue, l’alcoolisme, et la
prostitution. Le combat contre la criminalité épuise davantage les caisses de
l’état, et troublent la quiétude des citoyens.
Le marché de l’emploi étant libre, les spéculations de toute sorte deviennent
monnaie courante. La contrebande, les falsifications, les imitations, l’usure,
les intérêts faramineux, et la corruption sont les corollaires d’une économie
d’opportunité. Le déficit éclate et les villes connaissent le revers de la
crise, à savoir l’anarchie des architectures, le manque ou le délabrement des
infrastructures, et l’insuffisance des établissements de nécessités premières,
tels que les hôpitaux, et les écoles.
Un autre revers de l’essor moderne, vient aggraver la situation des villes. Ce
sont les problèmes liés à la circulation routière. En effet, le taux de
voitures de toute sorte monte en flèche. Les véhicules encombrent les rues des
villes, engendrent de plus en plus de pollution, et provoquent des accidents
meurtriers. On parle désormais de la guerre des routes. Ses victimes se
comptent en milliers chaque mois. La route aurait tué, dit-on, plus de
personnes que les deux guerres mondiales.
Enfin, cet état des choses engendre des mouvements de protestations, de grèves
et d’émeutes parmi les travailleurs, les chômeurs et la population en proie aux
malaises des conjonctures. Les révoltes dans les pays dits du tiers monde, tels
ceux de l’Afrique, de l’Asie ou de l’Amérique latine témoignent du mal être de
la population et de son désir de changer les choses. Or, ces mouvements
accompagnés d’actes de violence, de vandalismes, entraînent des dégâts lourds
de conséquences dont les pays ne se remettent qu’après des décennies.
c- Au niveau de l’individu
Face aux imprévus que représente la vie moderne, malgré toute la perfection des
outils de prévisions dont dispose la science contemporaine,
l’individu se sent désemparé. La perte des valeurs traditionnelles, qui
constituaient une base solide vers laquelle l’homme se retourne à chaque fois
qu’il perd pied, le plonge dans un vide existentiel sans précédent. La foi est
ébranlée, la famille comme socle affectif est déstabilisée, la solidarité
sociale comme refuge dans le besoin fait défaut.
Le recours aux palliatifs peut s’avérer inutile si ce n’est fatal. Les séances
de psychothérapie d’un côté ou les anabolisants de l’autre deviennent des
pratiques courantes. L’alcool et la drogue aussi participent dans cette quête
de la paix intérieure. Les relations sociales deviennent fragiles et le chiffre
alarmant des divorces atteste de cette difficulté de s’établir inhérente au
mode de vie moderne. Les cas de folie, de suicide ou de perversions sexuelles
laissent perplexe l’entourage de la victime qui ne voyait en elle aucune
anomalie susceptible de provoquer tel état ou tel acte.
L’insécurité de la vie moderne pousse l’homme à deux mouvements
contradictoires. Soit il se prépare au pire, en se retranchant derrière des
barricades de solitude et d’égoïsme recherchant son propre intérêt envers et
contre le groupe où il évolue, ce qui donne naissance à l’individualisme. Où
bien, il s’intègre dans n’importe quel groupe, pourvu qu’il y trouve une
attache quelconque, dût-il être une secte, un gang ou un groupe virtuel,
et vivre et jouir du moment, sans aucun espoir d’un futur meilleur.
Quoiqu’il en soit c’est ce désenchantement de l’être qui va entraîner l’homme
dans ce qu’on appelle la postmodernité. Plus rien ne compte , plus rien n’a
désormais de valeur. La passion remplacera la raison, et la méfiance et le
doute règneront en maître.
III- Synthèses.
Le progrès est sans doute né avec l’invention de la roue. Aussi quand on dit
que la roue du progrès est lancée, cette métaphore est à juste titre éloquente.
Le constat est , suivant toute logique, définitif. On ne peut arrêter cette
roue, du fait même de la vitesse avec laquelle roule la locomotive de la
modernité suivant une autre métaphore. Quelles possibilités s’offrent à l’homme
alors ? Apparemment plusieurs, mais il n’y en a qu’une seule qui puisse
rectifier les choses. Quand l’homme s’est engagé dans cette voie, elle n’était
pas la seule. Il y avait une infinité de probabilités et de possibilités que
pourraient prendre le cheminement de son évolution. Mais il en a pris celle-ci.
Ou plutôt, il s’est fait prendre par celle-ci.
La modernité comme nous l’avons soulevé auparavant, n’est pas une chose
nouvelle. Et elle ne signifie pas une révolution. Elle ne doit pas être une
rupture totale avec la tradition, et ce à tous les niveaux.
L’homme doit savoir profiter des avantages que lui procure la modernité, sans
renoncer à ses traditions. Comment peut-on valoriser ses avantages, sans tomber
dans les inconvénients ? Il nous paraît clair, que pour aiguiller la locomotive
de la modernité, il faut à l’homme amorcer deux actions simultanées. La
première serait d’essayer de ralentir le train en marche, et la deuxième action
serait de le devancer et poser d’autres rails qui mènent vers une autre
direction plus salvatrice.
Maintenant pour faire le procès équitable de la modernité, nous allons adopter
un plan inverse à celui vu dans la thèse. Nous partirons du spécifique vers
l’universel.
- Au niveau de l’individu :
Il est clair que la recherche du bien-être a dépassé les limites des besoins et
a vite basculé vers le superflu. Ainsi est née la société de consommation.
L’homme ne se satisfait pas de combler ses besoins personnels et de s’orienter
vers le bien de la communauté. Sa vie tourne de plus en plus autour de l’argent
comme moyen de passer le temps et non pour vivre. Il gagne plus pour dépenser
plus. Somme toute, il ne dépense plus pour vivre mais plutôt, il vit pour
dépenser. L’attrait et les facéties de la vie moderne en font un esclave
enchaîné à la société des médias, de la pub, du virtuel, et de l’instant bref,
du plaisir fugace.
Pour remédier à cette situation dont tout homme est conscient aujourd’hui,
l’individu doit entreprendre un long travail d’autorégulation. Il ne faut plus
attendre que les secours viennent de l’autre. Chaque individu doit se prendre
en charge, et travailler dans son petit cercle réduit. Les parents avec leurs
enfants, les maîtres avec leurs élèves. Il faut se corriger pour donner
l’exemple. Certes, c’est un travail de longue haleine, mais c’est la seule
issue pour retrouver l’équilibre. Si chacun , dans son petit coin, se met à
remettre les choses en ordre, les efforts des individus finiront par se
rejoindre, et tel un planteur de gazon, chaque petit bout de verdure s’étalera
pour rejoindre l’autre, de telle sorte qu’à la fin , les petits bouts formeront
une superbe pelouse.
- Au niveau de l’état :
Ces individus qui auront fait ces efforts, se retrouveront engagés sans qu’ils
ne s’en aperçoivent dans le bien collectif. Les projets d’utilité publique verront
le jour, et le secteur privé jouera son vrai rôle, à savoir aider le secteur
public. En effet, l’état providence, est un concept voué à l’échec, et si le
peuple ne se soutient pas lui-même, l’état n’y pourra rien.
Quand le bien commun est au-dessus de l’intérêt personnel, les gouvernants
s’investissent aussi dans leurs responsabilités. Et trouvant le terrain
favorable aux réformes et projets, ils déploient leurs efforts pour s’acquitter
de leurs tâches. Les compétences requises pour chaque poste est le seul critère
pour les élections des membres du gouvernement, et dans ce domaine la modernité
apporte un soutien indéniable en matière de logistique pour le bon
déroulement des opérations et l’exécution des procédures, garantissant ainsi
transparence et efficacité.
La modération issue de la raison, donne naissance à la tolérance et aux
respects des droits humains. L’égalité des sexes trouvera aussi l’occasion de
se réaliser dans un consensus qui réunit toutes les instances du pouvoir, sans
pour autant déroger aux percepts sacrés revus à la lumière des temps
modernes.
Dans ces conditions, l’état ne peut être que prospère et accueillant et
propices aux relations internationales dans un esprit d’égal à égal où tous les
partenaires sont gagnants.
- Au niveau international :
La technologie a relié tous les pays de la terre, par le biais des moyens de
transports, et surtout grâce aux télécommunications et à leur tête, l’Internet.
Désormais, on parle de village planétaire. L’idéal serait que tous les peuples
de la terre profitent de cette aubaine pour se mieux connaître au lieu de
s’épier, et de s’entraider dans tous les domaines.
La recherche scientifique doit se pencher sur toutes les possibilités pour
offrir aux peuples de la terre les conditions de vivre mieux. Les pays
industrialisés doivent cesser de voir dans les pays d’outre mer, des réservoirs
de matières premières, un champ d’expérimentation pour leurs médicaments ou
leurs armes, une mine de main d’œuvres, un marché pour écouler leurs
marchandises, un cimetière pour leurs déchets industriels, ou tout simplement
des civilisations pittoresque à préserver pour les études anthropologiques, ou
encore les dépaysements touristiques.
C’est à ce prix, que la paix internationale réussira et l’humanité retrouvera
sa vraie finalité, celle de réaliser l’équilibre universel, de sauvegarder la
terre et de la transmettre aux générations futures, si ce n’est telle qu’elle
l’a héritée, alors enrichie de tous les apports de la modernité. La terre étant
en fait cette tradition qui réunit les humains et sa sauvegarde, signifie leur
continuité.
Conclusion
Synthèse :
La modernité ne peut avoir que des côtés positifs quand elle est guidée par la
raison. Le progrès doit être contrôlé par l’homme. En effet, si l’homme lâche
les rênes du progrès celui-ci s’emballe et peut conduire droit à l’abîme. Quand
la modernité n’est pas pensée et programmée, elle aboutira fatalement à la
perte de toutes les valeurs fondamentales de l’homme. La postmodernité
enfantera ce vide qui fait faire à l’homme un brusque retour en force aux
valeurs dont il s’est défait en se modernisant. Le communautarisme, les replis
identitaires, les guerres fratricides et le retour à l’intégrisme ne sont que
des manifestations de cette tentative de s’accrocher à quelques repères dans un
monde désormais sans consistance.
Il faut signaler que les pays du tiers mode subissent de plein fouets les
retords de cette situation, tandis que les pays développés et équilibrés ne
vivent pas cet état des choses, non parce qu’ils sont riches, mais parce qu’ils
n’ont pas renoncé aux valeurs traditionnelles. Le Canada, L’Angleterre, ou les
États Unis d’Amérique sont un exemple de ces pays qui prospèrent et se
modernisent sans pour autant renoncer aux acquis de la pure tradition.
Rappel de la problématique
La modernité est un phénomène qui accompagne le progrès des civilisations.
Est-ce que la modernité veut dire se débarrasser de la tradition ? Est-ce que
la tradition est néfaste au progrès de l’humanité ?
Nous vivons au rythme de la modernité dans une société qui ne cesse de se
proclamer traditionnelle. Nous avons tenté dans cet exposé d’apporter quelques
éléments de réponse à la question suivante : Quels sont les avantages et les
inconvénients de la modernité ?
Ouverture
L’homme est bien un être de passion, même s’il veut s’affranchir de ses
sentiments et ne fonctionner qu’avec la raison. Or, un bref aperçu de
l’histoire de la littérature européenne nous montre que le romantisme est venu
remplacer la raison des lumières, et que plus tard le réalisme lui
succède, jusqu’à ce que le culte de l’absurde ou du nouveau roman traduise les
perpétuels changements de l’esprit humain. Aujourd’hui, nous revivons encore un
nouveau ce romantisme, avec une nostalgie pour le passé, où le mot
classique se retrouve comme par magie dans nos goûts et nos choix
En effet, l’homme suit la roue du progrès et parfois, il opère un retour en
arrière, parfois il se projette dans l’avenir et anticipe ou devance les
changements, et c’est dans cette dynamique de l’esprit humain que réside sa
formidable capacité d’adaptation. N’est-il pas vrai que quand Ibn Khaldoun dit
« L’histoire se répète », il réussit à provoquer une sorte de
symbiose entre la
tradition et la modernité ?